3.

Le choix

 

 

De fines crevasses douloureuses creusaient les pieds de Matt. Plus d’un mois qu’il marchait sans répit, et son corps n’en pouvait plus.

Il devait se rendre à l’évidence, la volonté seule ne suffisait pas, il avait dépassé ses limites, celles de son enveloppe physique.

Après les ampoules et les courbatures, les maux de dos à force de dormir à même le sol, les brûlures causées par le frottement des vêtements imbibés de sueur, les ecchymoses sous les lanières de son sac à dos, les crevasses étaient la blessure de trop.

Il lui fallait trouver un refuge, s’abriter quelques jours, se reposer, reprendre des forces.

Mais Matt était poussé par un angoissant sentiment d’urgence.

C’était du domaine de l’instinct, de l’intuition.

Il fallait qu’il le fasse.

Sans tarder.

Et il était parti vers le nord.

Une destination inconnue. Il avait dépassé les Postes Avancés pour pénétrer dans une immense zone qu’aucun Pan n’avait explorée depuis la Tempête. Qu’était devenu le Canada ? Y avait-il eu des survivants là-bas aussi ? Matt n’avait pas souvenir du moindre témoignage à ce sujet, il n’avait jamais rencontré âme qui vive venant de plus haut que Chicago.

Après s’être massé les pieds avec un peu d’eau, Matt renfila ses chaussures et décida de chercher un endroit assez protégé du vent et des intempéries pour y rester au moins deux jours.

Il avait encore quatre bonnes heures devant lui avant le crépuscule.

La région était boisée, ponctuée ici et là de gros rochers, dont certains dépassaient la cime des conifères, semblables à des canines de titans dressées vers le ciel.

Il marcha jusqu’à débusquer une petite cavité sous un rocher, assez large pour s’y faire une cabane de fortune. Il y déposa son lourd sac à dos, et ne garda que son épée dans l’étui plaqué entre ses omoplates. Puis il alla chercher du bois sec afin de préparer un feu.

Il avait les bras chargés de branches mortes lorsqu’il remarqua une lueur, un peu plus loin, dans d’épais fourrés.

Une lumière rouge, semblable à celle d’une petite lampe, à moins de trente mètres.

Puis une autre, sur sa droite, derrière un mur de ronces.

Pris d’un étrange pressentiment, Matt fit un tour sur lui-même pour constater qu’il était entouré par les halos pourpres.

Il lâcha le bois à ses pieds et tira son épée.

Plusieurs halos rouges surgirent alors des buissons.

Comme les nombreux yeux d’une masse qui l’encerclait.

Matt ne pouvait en distinguer la forme, il ne voyait qu’une lumière rouge pulsant au milieu d’une haute silhouette humanoïde. Elle était devant lui, derrière et sur les côtés. Étaient-ils plusieurs ?

Une sirène effroyable mugit dans la forêt, plus angoissante qu’une corne de brume, et les lumières s’intensifièrent.

La douleur traversa Matt d’un seul coup, lui faisant lâcher son épée.

L’onde de souffrance pinça ses nerfs comme les cordes d’une harpe de cauchemar.

Matt s’entendit hurler.

Il se débattait, incapable de foncer sur les créatures.

Puis ses quatre membres furent tirés de toutes parts.

Les horribles craquements résonnèrent dans l’ensemble de son corps, et la souffrance s’interrompit net.

Matt s’effondra.

Mort sur le coup.

 

 

Il faisait déjà jour.

Ambre avait les yeux ouverts, la respiration courte.

Le cœur serré.

Un cauchemar ! C’est juste un cauchemar !

Sa poitrine se soulevait et s’abaissait à toute vitesse, incapable de se calmer.

Matt n’était pas mort pour de vrai, ce n’était qu’un rêve affreux.

Pourtant elle ne parvenait pas à se détendre.

Elle n’avait plus fait de cauchemar depuis trois mois, pas le moindre rêve d’ailleurs.

Depuis qu’elle avait absorbé le Cœur de la Terre en fait.

C’était le premier.

Et celui-là lui laissait un arrière-goût d’authenticité particulièrement déplaisant.

Ambre se redressa et s’assit sur le bord du lit.

Sa chemise de nuit était moite de transpiration.

— Ce n’est pas réel, dit-elle tout haut pour exorciser ses angoisses. Ce n’est pas vrai.

Pourtant elle ne parvenait pas à se défaire de cette impression particulière. Les sons étaient si précis qu’ils ressemblaient plus à un souvenir qu’à une projection de l’inconscient. Le souffle du vent, le froid et…

La douleur de Matt !

Elle était plus vraie que nature, Ambre l’avait perçu.

Ça ne ressemblait pas à un mauvais rêve.

Plutôt à un pressentiment.

Soudain, Ambre en fut convaincue : Matt ne devait pas partir, il ne devait surtout pas quitter Eden.

Elle se leva et après de rapides ablutions s’habilla et quitta les maisons de bois bordant le fleuve où elle logeait pour se rendre sur la grande place où Matt vivait avec Tobias.

Elle traversa la vaste étendue sans même répondre aux saluts amicaux des Pans déjà occupés à leurs tâches, et entra précipitamment dans la haute demeure au toit pointu.

Ambre savait précisément où dormait Matt, ils avaient passé de nombreuses heures dans sa chambre, l’un contre l’autre, à discuter, à somnoler ou à s’embrasser, pendant les semaines qui avaient suivi l’Alliance.

Ambre toqua à la porte et entra dès qu’elle reconnut la voix de Matt disant que c’était ouvert.

Le garçon passait un tee-shirt gris sur son jean, les cheveux encore mouillés, quand elle entra.

La surprise transforma aussitôt son visage.

— Ambre ? Je… Que…

— Tu ne dois pas partir, lança la jeune fille en se dressant devant lui.

Des perles d’eau glissaient sur le front et les joues de Matt, et il sentait bon, un parfum vanillé.

— Pardon ?

— Cette idée d’aller explorer les terres inconnues : oublie-la !

Sur les traits du garçon, la surprise céda la place à l’agacement.

— Ambre, tu ne peux pas m’ignorer pendant des semaines, faire comme si rien ne s’était passé entre nous, comme si j’étais un inconnu, et débarquer ensuite pour me dicter ma conduite !

— Je te le demande, s’il te plaît.

— Tu te rends compte de ton attitude ? (Matt cligna les paupières plusieurs fois, comme si une nouvelle idée lui venait à l’esprit.) Et puis pourquoi me demandes-tu cela ? Tu… tu as quelque chose à me dire ?

Ambre secoua la tête, mal à l’aise. Elle recula et vint se poster devant la fenêtre. Le soleil réchauffait Eden, perçant de gros nuages cotonneux.

— Non… je… non, c’est juste que…

— Alors pourquoi t’obéirais-je ?

Ambre repensa à l’abominable vision de Matt agonisant et se ressaisit.

— J’ai fait un cauchemar, voilà ! Tu étais parti et tu mourais, tué par des… des choses très bizarres. Et c’était plus qu’un rêve, crois-moi, j’ai senti que c’était une sorte de prémonition. Reste ici.

Matt balaya l’air d’un revers de main.

— Si je dois agir en fonction des rêves et des cauchemars de tout le monde, je n’ai pas fini de tourner en rond !

— Mais je ne suis pas tout le monde, Matt !

Le garçon se planta devant elle :

— Ah bon ? Tu en es sûre ? Parce que la dernière fois tu t’es comportée comme les autres.

Ambre serra les mâchoires, vexée et surtout confuse, noyée dans les émotions contradictoires qui tourbillonnaient en elle.

Elle secoua doucement la tête en fixant Matt droit dans les yeux, puis, les lèvres serrées, elle tourna les talons et s’éloigna.

Lorsque la porte claqua en bas, Matt se laissa tomber sur son lit, le cœur douloureux. Une boule de colère et de frustration arrimée à sa gorge.

 

 

Eden était traversée par le fleuve, une large diagonale d’eau claire qui séparait la partie habitée – l’ouest et le sud – de la zone plus sauvage – le nord et l’est – où les vergers, les bois et un immense champ occupaient l’essentiel de l’espace. Le tout était clos par une fortification de rondins dressée au sommet d’une butte. Qu’il soit sur une rive ou sur l’autre, chaque Pan pouvait ainsi se sentir en sécurité, protégé par l’enceinte gardée, et on s’y promenait sans arme.

Matt brossait Plume sur la rive sauvage du fleuve, sous l’ombre des trois grands silos fraîchement bâtis. La chienne – à présent presque aussi haute qu’un cheval – regardait au loin, la langue pendant sur le côté, profitant de cet instant rien qu’à elle.

Tobias mâchouillait une longue tige qu’il venait de cueillir parmi les herbes et observait les deux complices.

— Chaque fois que je la vois j’ai l’impression qu’elle est plus grande ! s’exclama-t-il.

— C’est le cas. Elle a encore grandi depuis la Grande Bataille.

— Tu crois qu’elle ne va jamais s’arrêter ?

— Tous les chiens apparus ce soir-là, cet été, sont comme elle. J’ignore pourquoi. J’espère qu’elle va rester comme elle est maintenant, parce que sinon ça va devenir un problème.

Plume tourna la tête vers son maître et le fixa de ses iris noisette.

— Non, enfin…, bredouilla Matt. Tout de même, Plume ! Si tu continues tu ne pourras pas rester avec nous en ville ! Regarde-toi ! Tu ne rentres même plus dans la maison !

La chienne détourna le regard.

Tobias s’approcha et dit tout bas :

— Elle comprend vraiment ce qu’on dit ?

Matt haussa les épaules.

— J’en ai l’impression. En tout cas, moi, je la comprends. Pas vrai, Plume, qu’on se comprend ?

La chienne se leva et vint coller sa grosse truffe humide dans le cou de Matt qui pouffa. Puis elle alla s’allonger plus loin en lâchant un profond soupir.

Les deux garçons restèrent assis dans l’herbe, sans parler, avant que Tobias ne demande :

— Ton projet de partir, c’est du sérieux ?

— Oui.

— Pourquoi tu veux faire ça ? Tu n’es pas bien ici, avec nous ?

— Je crois que ça a assez duré. Il faut savoir trouver sa place dans la société, et la mienne n’est certainement pas ici, à attendre qu’on me demande mon avis pour construire une nouvelle tour de garde, ou décider s’il faut créer un service militaire obligatoire !

— Tu es général de notre armée, c’est normal qu’on te sollicite pour…

— C’est ce que je dis : ça m’ennuie ! Je ne me sens pas à l’aise avec ça. Ambre s’amuse bien à faire travailler l’altération à l’académie et à imposer aux Pans d’Eden de parler le mieux possible, avec des mots toujours plus savants ! Melchiot s’en sort très bien au Conseil, Floyd l’aide parfaitement, Tania et toi faites un superboulot avec les archers, bref, tout le monde a trouvé sa place. Sauf moi. Je crois que je suis un de ces garçons qui doivent être sur le terrain, pas enfermés dans une salle de Conseil à prendre des décisions politiques. Ma place est à l’extérieur de ces fortifications, dehors, dans la nature.

— Et tu comptes partir seul ?

— Pourquoi, tu veux venir ?

— Ça se pourrait.

— À une condition ! Que tu coupes tes cheveux ! Avec une tignasse pareille on va se faire repérer par tous les prédateurs à des kilomètres à la ronde !

Les deux garçons rirent de bon cœur. Tobias ne s’était plus coupé les cheveux depuis plusieurs mois et une sphère crépue lui surmontait le crâne à l’instar d’un casque de moto.

— Pas touche à mon look !

— On dirait que tu t’es coincé la tête dans une boule de bowling !

Nouveaux rires.

— C’est mon hommage aux Jackson Five, aux seventies ! Et en matière de cheveux trop longs, tu peux parler ! On dirait un vieux geek ! Si tu continues, tu vas pouvoir te les attacher sur la nuque !

Matt donna une bourrade dans l’épaule de son camarade.

Leurs rires s’estompèrent.

— Tu es sérieux, demanda-t-il, tu viendrais vraiment avec moi ?

Tobias baissa le regard, inspecta ses mains, la corne cloquait ses doigts à force d’entraîner les archers de la ville.

— Je ne peux pas dire que l’idée m’enchante, mais… te savoir au loin sans ma protection, non merci ! Je culpabiliserais !

Matt lâcha un sourire.

— Avoue que tu t’ennuies, toi aussi.

Tobias fit la moue.

— Non, je ne peux pas dire ça, j’ai mes habitudes maintenant…

— Le Salon des souvenirs où tu racontes tes exploits tous les soirs ? pouffa Matt.

— N’empêche, ils m’écoutent ! Et ma cicatrice les impressionne !

— Je sais, je te charrie.

— Et… Et Ambre ?

— Eh bien quoi ?

— Tu lui as parlé ? Si nous partons tous les deux, elle voudra peut-être nous accompagner, l’Alliance des Trois, tu sais !

Matt secoua la tête vivement.

— C’est inutile. Elle a trop à faire ici à l’académie de l’altération.

— Vous êtes toujours en froid ?

— Elle ne vient pas, c’est tout.

Devinant que le sujet était sensible, Tobias n’insista pas.

— On va où ?

— À l’ouest. Pour atteindre l’océan. Nous détaillerons chaque découverte, et nous établirons un chemin pour rallier Eden au Pacifique.

— Pourquoi pas le nord ? Après ce qu’on a vu l’autre soir, ça ne t’intrigue pas ?

— Je préfère l’océan. Au moins il y a un but précis. L’autre soir, c’était juste un phénomène naturel, voilà tout.

— C’était tout de même bizarre, et nous n’avons aucune explication…

— Ce n’est pas plus anormal que la chaleur et le beau temps que nous avons ici alors que nous sommes le 22 décembre !

— C’est vrai, fit Tobias en restant pensif un moment. Quand est-ce qu’on part ?

— D’ici quelques jours, le temps de tout préparer.

Matt eut envie d’ajouter « le temps de dire au revoir à ceux que nous aimons », mais il se retint.

Cela sonnait comme un départ sans retour.

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